Sud Web 2014

La semaine dernière j’étais à Sud Web, le petit frère de Paris Web dans le sud, qui se tenait à Toulouse pour cette édition 2014. Une conférence sur le web, par et pour les gens qui le font au quotidien. J’ai bien aimé.

Noëlie y donnait une conférence cette année, je n’avais donc plus aucune excuse valable pour sécher l’événement (comme je m’appliquais à le faire jusqu’à lors). J’ai bougé ma graisse paresseuse jusqu’à la ville rose un peu sans le décider, espérant me dégoûter une bonne fois pour toutes de cette province hostile et de tenir ainsi un bon prétexte pour ne plus jamais y mettre les pieds. Raté : c’était en tous points enchanteur, sur le fond comme sur la forme.

Je ne ferai pas de résumé détaillé des conférences (d’autres l’ont déjà très bien fait) mais j’aimerais revenir sur quelques brefs enseignements que je tire de ce Sud Web (parmi d’autres, et un peu en vrac désolé).

Un seul track

À Paris Web, j’ai l’habitude de devoir choisir la salle dans laquelle je vais me rendre puisque deux (voire trois) conférences se déroulent toujours simultanément. À Sud Web, je n’ai pas à choisir : une seule salle, les conférences ont lieu pour tout le monde à un unique endroit.

Et finalement, ce n’est pas si mal : adieu le sur-mesure, mais on ne regrette plus d’avoir raté telle-conférence-qui-avait-l’air-si-bien-dans-l’autre-salle et on en ressort tous avec un bagage commun sur lequel il est facile d’échanger ensuite.

La salle en question, vue subjective de l’orateur mais sans public (photo de Brice).

Cela dit, l’absence (volontaire ?) de wi-fi m’a gâché un peu la fête : j’ai eu l’impression de passer à côté d’une partie de l’événement alors que d’autres ne se gênaient pas pour commenter et rebondir sur Twitter avec leur 3G. Discriminant et dommage.

La curation

Thomas m’en parlait à notre arrivée, la sélection des conférences s’est faite à Sud Web selon un procédé nouveau (pour moi en tout cas) : plutôt que lancer un appel à orateurs public à la cantonade, le staff a choisi lui-même les personnes qu’il souhaitait voir intervenir et les a sollicitées directement en privé.

Je ne sais pas si c’est grâce à cette méthode, mais j’ai trouvé toutes les conférences intéressantes et j’ai aimé le fait qu’elles se succèdent avec une certaine logique éditoriale. Une vraie bonne idée pour moi.

C’est lui Thomas, et à gauche c’est moi. Derrière nous c’est Romain il me semble. À droite c’est un toulousain anonyme qui passe à la postérité et devant l’Hippopotamus (photo de Brice).

« Don’t be too clever »

La conférence d’Axel sur Javascript a été jugée trop technique par certains mais paradoxalement elle mettait en avant un principe facilement applicable à tous nos métiers, qu’ils aient trait au développement algorithmique ou non : « n’essayez pas d’être trop malin » (en codant des choses élégamment concises mais incompréhensibles à la relecture par exemple).

Nous travaillons sur support informatique et nos créations se résumeront in fine à une succession de 0 et de 1, mais pour autant elles seront beaucoup lues, relues, modifiées et améliorées par d’autres humains : en ce sens, garder en tête de ne pas complexifier inutilement un code ou un concept juste pour le plaisir vain de flatter son égo à un instant t peut être salutaire…

J’y vois une forme de mise en garde face à cette tentation de la sur-qualité qui nous guette tous à un moment ou à un autre, et qui ne me paraît pas illégitime de questionner. Ça rejoint également l’idée séduisante qu’un codeur est aussi un écrivain qui sera lu et relu par d’autres, ce qui rapproche son travail de celui d’un auteur (une de mes lubies personnelles, l’idée me plaît !).

You’re not looking at the big picture

La traditionnelle séance de thérapie de groupe en fin de journée, autour de nos métiers et des valeurs que nous défendons, a aussi révélé quelque chose d’intéressant, mais peut-être pas ce à quoi s’attendaient Pablo et David, qui ont tant bien que mal animé les échanges.

Les orateurs défendaient l’idée « qu’on s’en foutait du code », que ce qui nous motivait tous était plus profond, plus altruiste et plus humain. Qu’on était dans ces métiers du web pour d’autres raisons que le plaisir égoïste d’être devant un ordi toute la journée, qu’on cherchait l’épanouissement, le progrès, le partage, l’échange avec la communauté, etc.

Soit. C’est peut-être vrai dans des meetings comme Sud Web, mais appliquer cette grande idée à l’ensemble de nos professions me semble disproportionné, pour ne pas dire un peu à côté de la plaque…

J’ai connu et je connais encore des professionnels du web qui vont pondre des balises comme ils iraient pointer à l’usine, et qui le vivent très bien. J’en ai connu d’autres qui trouvaient ces réunions des webeux anonymes un peu consanguines et pétries d’auto-satisfaction. D’autres qui ne font pas de veille, parce qu’on ne le leur en donne pas le temps ou parce qu’ils n’en voient pas l’intérêt. D’autres qui ne font du web que parce que ça paie bien. D’autres enfin qui ne peuvent tout simplement pas se payer un aller-retour Toulouse, un hôtel et une conférence.

Le « travail-passion » reste une chimère pour beaucoup (que ce soit par contrainte ou par choix), nous l’oublions un peu trop souvent à force de côtoyer les mêmes cercles et les mêmes communautés. Nous ne représentons qu’une infime minorité qui se paie le luxe de questionner son travail et d’en parler au monde. L’écrasante masse silencieuse absente de Twitter, des forums, des IRL et des conférences doit nous appeler à une certaine humilité quant au poids de ce que nous faisons et disons dans ce type d’événement.

(Je me rends compte en lisant son article que je ne fais que paraphraser ici ce qu’a dit Xavier sur le sujet… et que Pablo lui a répondu ici.)

Les gens

Cela dit, ces gens de la communauté, si petite soit-elle, c’est à chaque fois un plaisir de les voir en vrai : les échanges informels autour d’un petit four ou d’une bière sont toujours instructifs et rafraîchissants, et qu’on tombe d’accord ou qu’on s’étripe on en repart toujours avec quelque chose. À Sud Web, on est moins nombreux qu’ailleurs (150 ?) et l’échelle humaine de l’événement facilite les rencontres…

Des gens à Sud Web (photo de Romy, visiblement en plein séisme).

J’ai retrouvé, découvert et écouté des personnes formidables, qui font des métiers variés, ont des avis passionnés dessus et viennent parfois de loin pour en parler. Je ne ferai pas de name dropping mais s’il y a bien une raison d’aller à des conférences c’est celle-là : discuter. Ça file la patate.

Le sud

Et discuter avec des non-parisiens, des ex-parisiens voire carrément des envahisseurs étrangers, ça vous met aussi pas mal de choses en perspective. Croyez-le ou non, il existe une forme de vie civilisée derrière la Porte d’Orléans.

De la terrasse des conférences, on voyait ça le soir. Il faisait beau et c’était très haut (photo de Morgane).

Toulouse est une ville agréable, et je commence à comprendre pourquoi j’y connais beaucoup d’exilés volontaires. Il fait beau, les gens sont sympas, la bouffe est excellente, la ville agréable et la bière abordable. Mais surtout : on y trouve des professionnels du web (et pas des nuls ou des rigolos), preuve qu’on peut s’expatrier de la suffocante région parisienne sans pour autant être au chômage.

À méditer pour la suite.

Posté le 26 mai 2014

Arf, le champ est vide…

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Commentaires (12)

  • T’es chiant, ça à l’air bien quand tu le raconte

    #1 par kazes

    26 Mai 2014 à 09h51

  • Excellent compte-rendu et conclusion. Et le bonheur d’être nommément cité par STPo, je suis ému.

    #2 par Xavier "DaScritch" Mouton-Dubosc

    26 Mai 2014 à 12h37

  • Merci pour ce compte rendu et la conclusion couché de soleil 🙂

    #3 par Maxime Warnier

    26 Mai 2014 à 13h16

  • L’absence de Wi-Fi est aussi volontaire que le mono-track : on veut inciter les gens à être attentif, à vivre l’instant présent et à créer un lien entre l’orateur et son public. C’est plus cool de regarder les gens dans les yeux plutôt que des têtes baissées sur leurs téléphones.

    Objectif du Wi-Fi : tweeter pendant la conférence ? Liberté personnelle à coup de 3G plutôt qu’un encouragement à la distraction de notre part.

    On a peut-être sous-estimé le besoin de communiquer dessus ; et c’est un bon enseignement 🙂 (ça fait partie de nos valeurs, favoriser la discussion).

    La logique éditoriale des est quelque chose qu’on pratique depuis la première édition. Elle est surement plus visible pour une autre raison : les renvois de présentation à présentation par les orateurs. Ça a créé un liant naturel. Des rebonds de sujet en sujet.

    Sinon petit détail : la curation n’a concerné que les sujets de 20 minutes. Les lightning et élaboratoires se sont inscrits dans le cadre de l’appel à orateurs. Ça reste encore essentiel à nos yeux pour continuer à brasser de nouveaux visages, de nouveaux regards et éviter de nous refermer sur nous-même.

    En tous cas, gros bonus si ça t’a fait du bien et ouvert les yeux sur “ailleurs qu’à Paris” 🙂

    #4 par Oncle Tom

    26 Mai 2014 à 16h57

  • Youhou ! Pour le premier PW on avait choisi nous-mêmes les orateurs et en théorie, il y a toujours des gens qui viennent sur sollicitation.

    Merci pour le compte-rendu et à très vite,

    Adrien

    #5 par Adrien Leygues

    27 Mai 2014 à 12h01

  • @Thomas : L’absence de wi-fi en l’occurrence elle n’incite que ceux qui n’ont pas de téléphone de riche à « être attentif »… Je comprends l’intention (et elle est louable), mais dans les faits reconnaissez que ça ne fonctionne pas (il suffit de parcourir le hashtag #sudweb pour s’en convaincre). Du reste le wi-fi, ça ne sert pas qu’à tweeter pendant la conférence : ça sert aussi à ajouter un orateur à sa liste de followings, à retourner voir un lien sur une slide qu’on n’a pas eu le temps de noter, à parcourir le programme des conférences (que nous n’avions pas en version papier), etc. Et oui, à tweeter à l’occasion (je le fais peu) ce qui se passe et ce qu’on en pense. Sinon oui, ça m’a fait du bien et ça m’a rassuré sur la vie professionnelle du web en province (moins pour moi qui suis en télétravail que pour des profils comme celui de Noëlie) !

    #6 par STPo

    28 Mai 2014 à 09h26

  • Je rejoins STPo sur le coup du wifi : c’est de l’hypocrisie

    • Les gens ont la 3G
    • C’est une conférence web, c’est un peu paradoxal
    • On peut avoir besoin d’un lien, d’un nom, d’un programme de conf, tester un site mobile dont parle l’orateur…
    • On fait un peu ce qu’on veut tant qu’on ne dérange pas la conf (c’est quand même payant)
    • Vous n’interdiriez pas les crayons pour éviter à quiconque de prendre frénétiquement des notes le nez dans son cahier (je pense).
    #7 par Julien

    28 Mai 2014 à 09h55

  • C’est exactement pour cette raison que les carnets étaient distribués : pour permettre de noter les orateurs à rajouter, des idées, des noms, des mots sans avoir besoin de Wi-Fi ou de 3G.

    On peut avoir un très long débat sur la notion de “riche” ; on ne sera sûrement pas d’accord sans se fatiguer longuement parce qu’on a tous les deux des positions (et des objectifs) divergentes.

    Tu peux aussi remonter cette information dans les points négatifs : http://lite4.framapad.org/p/ueiPVHGZVe ; c’est bien de savoir si cette habitude est représentative ou pas (chacun a sa propre vérité).

    Merci d’avoir soulevé le sujet 🙂

    #8 par Oncle Tom

    28 Mai 2014 à 10h32

  • Noté, j’ai fait le retour dans le fichier de feedback. Le point qui m’ennuie le plus est que c’est discriminant, le reste je peux comprendre (même si je trouve certains usages hors Twitter utiles et légitimes).

    #9 par STPo

    28 Mai 2014 à 12h19

  • C’est exactement pour cette raison que les carnets étaient distribués

    Donc les carnets oui mais les téléphones avec internet non. Dans une conf dont le sujet est internet. Mhoké.

    #10 par Julien

    28 Mai 2014 à 13h32

  • un procédé nouveau (pour moi en tout cas) : plutôt que lancer un appel à orateurs public à la cantonade, le staff a choisi lui-même les personnes qu’il souhaitait voir intervenir et les a sollicitées directement en privé.

    Paris Web, année 1. Ouais, c’est très chouette, mais on avait fini par déduire qu’on se privait de plein d’orateurs intéressants, vu qu’on avait (à l’époque de ce staff restreint) tous les mêmes lectures.

    Ce qui, salutairement, n’a pas l’air d’être le cas du staff Sud Web. 🙂

    #11 par Stéphane Deschamps

    6 Juin. 2014 à 14h32

  • […] Sud Web 2014, par Christophe Andrieu […]

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