Je ne suis pas développeur

Ça y est, on aura mis le temps mais c’est désormais bien installé dans les mœurs des professionnels du web et des recruteurs : on ne dit plus « intégrateur HTML », on dit « développeur front-end ». Comme son collègue du back-end, l’artisan du HTML est aujourd’hui autorisé à apposer sur sa carte de visite le glorieux titre de « développeur », synonyme d’une reconnaissance arrachée de haute lutte et d’un salaire enfin aligné (ou presque) sur ceux des développeurs historiques.

Pourtant… Pourtant je n’aime pas ce terme de « développeur front-end », principalement parce que je n’ai pas l’impression qu’il reflète mon travail au quotidien et que je ne m’y suis jamais vraiment reconnu. Et je n’ai pas l’impression d’être le seul.

Intégrateur 3.0

À l’âge de pierre était le « webmaster » omnipotent, qui bricolait graphisme, HTML, JavaScript, PHP, MySQL. À force de spécialisation des métiers, on a vu arriver le « monteur HTML », qui faisait de superbes layouts en tables et connaissait IE 5.5 comme sa poche. Puis ce fut l’ère de « l’intégrateur », qui ajoutait à cela la maîtrise des standards et de l’accessibilité et des notions de JavaScript. Et enfin le « développeur front-end », qui, euh… qui quoi ?

Le dernier stade de la mutation est celui de la confusion : si l’on savait grosso modo ce que faisait un monteur ou un intégrateur, il est autrement plus compliqué de saisir ce qui se cache derrière un profil autoproclamé de développeur front-end aujourd’hui.

Et pour cause : il n’y a pas un mais des profils, et avec la course effrénée à l’innovation technologique ils couvrent des domaines de plus en plus nombreux et diversifiés. Au risque de faire grincer quelques dents, cette multiplicité de spécialisations rassemblées sous une même bannière brouillonne me rappelle ce qui a existé chez les flasheurs, où ont fini par émerger des sous-profils spécialisés qui clarifiaient les postes (animateur, développeur, architecte…).

J’ai le sentiment qu’on arrive dans le front-end au même type de croisée des chemins, et qu’une multitude de spécialisations existe désormais autour des technologies qui incombaient jadis au seul intégrateur. S’il est vrai que ces profils utilisent les mêmes outils (HTML, CSS et JavaScript), ils ne font pas pour autant forcément le même métier.

Le VRAI développeur front-end

Le vrai développeur front-end, c’est celui qui fait VRAIMENT du développement : qu’il vienne du front ou du back (voire qu’il se revendique « full stack »), il connaît bien HTML et CSS mais il maîtrise surtout JavaScript jusqu’au bout des ongles et traite de problématiques de développement complexes autres qu’un énième dépliage de menu. Combien « d’intégrateurs seniors » (moi le premier) vois-je aujourd’hui affublés du qualificatif de « développeur » alors qu’ils passent leur vie sur HTML et CSS et se contentent de greffer trois boucles de jQuery sur le layout de leurs gros sites-portails ?

Attention, je ne dis pas que régler les problématiques d’interface de nos sites protéiformes de 2015 est trivial, et il est souvent nécessaire d’avoir recours à JavaScript pour les faire tenir debout. Je fais ça toute la journée. Mais le développement, le vrai, j’en ai fait dans une autre vie et ça n’a aucun rapport avec mon travail au quotidien aujourd’hui.

De plus, j’ai la chance d’avoir un VRAI développeur front-end à la maison et je mesure ce qui sépare désormais son métier du mien : je ne fais pas de MVC, je ne fais pas de tests unitaires et d’intégration, je ne développe pas de single page applications, je ne touche ni à Backbone, ni à Ember, ni à Angular, je n’utilise pas CommonJS, Underscore, localStorage, les Web Sockets, App Cache…

La (très bonne) formation JS-Total que j’ai suivie la semaine dernière a achevé de me convaincre : oui, j’utilise quotidiennement JavaScript et j’ai une connaissance décente du langage… mais non, je ne suis pas pour autant un développeur.

Et toi qui es-tu ?

J’entends ces derniers temps certains oiseaux de mauvais augure parier sur la mort prochaine du fronteux qui n’aurait pas pris le virage du développement. Pour ma part je ne serai pas aussi catégorique, et j’ai le sentiment que l’évolution naturelle du vénérable intégrateur vers des métiers qui ne seraient pas du développement est à chercher du côté du design. Je vais prendre ici le temps d’expliciter un peu le fond de ma pensée.

Il existe historiquement du côté « créa » différents profils, dont les terminologies changent en fonction des entreprises et des époques, mais qui grossièrement peuvent se résumer à :

  • D’un côté l’aspect purement créatif : la conception-rédaction et/ou direction artistique, qui pondent le concept et le mood des projets en s’assurant qu’on parle bien de la bonne manière aux bonnes personnes. Je vulgarise (atrocement) parce que je ne veux pas m’attarder sur ce point ici, mais vous voyez l’idée.

  • De l’autre côté l’exécution : ce qu’on appelle parfois pompeusement (dans les agences françaises tout au moins) le « pôle web design », qui correspond à du graphisme web et consiste à décliner une identité faite par d’autres (ceux du point précédent) sur divers supports.

C’est sur ce dernier profil qu’à mon avis l’ex-intégrateur à une carte à jouer.

Je n’ai jamais trop aimé le terme « d’intégrateur », qui est aujourd’hui (à tort ou à raison) synonyme de grouillot du HTML scotché dans les années 2000 et qui renvoie l’image d’un graisse-boulon traduisant passivement des PSD en CSS. Or on sait bien qu’au-delà de la simple technique, son travail est de comprendre le sens d’une créa et de l’interpréter correctement afin de la restituer le plus justement possible avec les technologies comprises par les navigateurs. Il s’agit bien d’un travail d’adaptation et de déclinaison éclairée, pas d’un décalquage bête et méchant. Vous me voyez venir : exactement comme le « graphiste web designer » susnommé qui adapte des chartes graphiques à divers supports, mais qui utilise Photoshop ou Illustrator là où « l’intégrateur » utilise CSS.

Je rabâche à qui veut l’entendre qu’un fichier PSD ne sera jamais qu’une intention, qu’elle est par définition incomplète et imparfaite (une image statique censée « représenter » un site) et qu’elle est a priori réalisée par un professionnel non-spécialiste du support (un créatif et non un technicien du web). Chacun son métier, et s’il est important pour un créatif web d’avoir des notions de technique il n’est certainement pas obligatoire d’en devenir un spécialiste.

C’est pourquoi en aval du travail du créatif, le spécialiste CSS doit se saisir de l’intention insufflée par la direction artistique, la comprendre et la restituer intelligemment en faisant les choix nécessaires (quitte à adapter de façon parfois drastique les PSD qu’on lui a fournis). Et ça, si ce n’est pas un travail de pur créatif, c’est néanmoins déjà un travail de designer.

J’ajouterai qu’avec l’avènement du responsive et la multiplication des supports et des configurations à l’infini, le spécialiste CSS fait aujourd’hui plus que jamais de la déclinaison de charte graphique, et donc plus que jamais du design.

« Front-end designer »

J’ai un profil hybride assez pénible à lire, qui mélange illustration, identité, design et code. Je peine toujours à expliquer ce que je fais exactement à mes clients (et à ma mère), mais si je devais définir ce que je fais au quotidien sur des projets web dont la direction artistique et le développement sont réalisés par d’autres, je crois que je préfèrerais le terme de « front-end designer » à celui de front-end developer (ou d’intégrateur). Ça me semblerait plus juste et éviterait quelques confusions (et accessoirement de me retrouver à débugger des meta-frameworks-JS-maison-imbitables-en-Prototype pour le lendemain).

On défriche toujours dans nos métiers, il faut rester attentifs à la marche de l’Histoire et j’en vois certains s’inquiéter pour leurs lendemains… Peut-être le temps est-il venu de faire une nouvelle clarification sur nos CV. Pas pour se tripoter gratuitement sur nos terminologies métier comme certains pourraient être tentés de le penser, mais tout simplement pour savoir de quoi on parle.

Posté le 27 janvier 2015

Arf, le champ est vide…

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Commentaires (44)

  • Le risque – et j’espère bien que l’avenir te donnera raison – c’est l’appauvrissement de nos pages au niveau de la micro-sémantique, de l’accessibilité, du respect des standards…

    Je connais peu de personnes (pour ne pas dire aucune) qui sache réellement jongler entre du développement front-end pur et de l’intégration aux petits oignons. (J’utilise les anciennes définitions, mais j’aime beaucoup ta proposition de front-end designer.)

    Écho à un vieil article qui abordait le sujet de l’autre côté : http://openweb.eu.org/articles/integrateur-au-developpeur-front-end-un-maillon-essentiel-qualite-web

    #1 par Vincent

    27 Jan. 2015 à 11h01

  • Je partage ton analyse : les métiers du web se spécialisent et s’éparpillent. Et les fonctions ne reflètent pas cette évolution, chacun essayant (consciemment ou non) d’avoir le rôle le plus large possible (il faut bien vivre…).

    Le terme de “designer” dans son côté anglo-saxon (à comprendre comme un “concepteur”) me semble en effet plus juste que “développeur”. L’intégrateur ne développe pas à proprement parler ; il ne fait pas de traitement de données. Mais il fait des choix de conception (de plus en plus nombreux et de plus en plus tôt) pour monter la structure “front-end” d’un site. Une vraie spécialité à part entière qui ne disparaitra pas de sitôt et qui doit collaborer toujours plus en amont avec les métiers du graphisme.

    #2 par ThomasF

    27 Jan. 2015 à 11h03

  • Je ne sais pas en combien de temps tu as pu prendre ce recul, mais je comprends ta vision et te suis là-dessus. Le terme front-end designer me plait énormément.

    #3 par varouschka

    27 Jan. 2015 à 11h06

  • J’admire cette réflexion, notamment parce qu’elle ouvre sur une bonne suggestion.

    Le schisme que tu évoques vient probablement du fait qu’en tant que métier intermédiaire pendant longtemps, l’intégrateur venait de divers horizons : du développement (voire de l’informatique) à la communication visuelle en passant par l’autodidactique.

    Je suis relativement nouveau dans cet univers mais je perçois la valeur ajoutée d’un technicien front-end qui connait l’algorithmique par rapport à un technicien front-end qui connait la composition typographique. Je suppose que, comme tu le conclus si bien, nous ne pouvons qu’évoluer.

    Chouette article, merci 🙂

    #4 par Gaël Poupard

    27 Jan. 2015 à 11h15

  • Et inversement, je ne suis pas intégrateur.

    #5 par Jean-Luc

    27 Jan. 2015 à 11h18

  • Alors là oui ! Si Front-end Developer il y a, alors ton (et mon) profil doit être Front-end Designer. C’est parfait ainsi. 🙂

    #6 par GoOz

    27 Jan. 2015 à 11h23

  • Pour mes parents, je suis un “geek”. Pour me présenter, je suis un développeur web. Pour les gens du métier, je suis un développeur front-end. Pour les puristes, je suis intégrateur. Mais pour moi, je n’arrive pas à trouver un terme qui me convienne.

    Je fais à 50% de l’intégration, 25% de l’anim JavaScript (tween, jquery mais pas de framework type Angular) et 25% du templating/dev sous WordPress & Drupal…

    J’en arrive donc à me demander si le terme de “Creative developer” ne serait pas adapté ? (Même si ça fait un peu trop “wow il fait de l’awwward”)

    #7 par Thomas.json

    27 Jan. 2015 à 11h29

  • Amen !
    Et quelle galère quand on doit recruter un “vrai développeur front-end” comme tu le décris : les 3/4 des profils sont juste des intégrateurs HTML/CSS (qui utilisent un peu de jQuery pour faire joli).

    #8 par Clément

    27 Jan. 2015 à 11h32

  • De tous temps, les hommes… cherchent à s’élever par la qualité, à donner à leur travail les lettres de noblesse qui leur permettent une reconnaissance personnelle et sociale. De nombreux plombiers font un travail basique de changement de joints, de pose de toilettes voire de ramonage de cheminée (sic). De nombreux développeurs, la masse immense, fait du travail de mise en place d’un site pour un professionnel de ci de là pour pas cher, pour pas grande qualité, de manière plus ou moins efficace. Je ne suis pas développeur, ni frontend ni designer mais je suis bricoleur et il m’arrive de reprendre voire de refaire intégralement des sites faits pas des “pro” avec numéro de pro, frais d pro et tarifs de pro. Moi je fais le job gratuit, contre une bonne bouteille, et je prétends le faire mieux que la plupart de ces pro : mieux parce que plus efficace (ventes), plus ciblé (secteur pro), mieux référencé (pas difficile souvent) mais je ne suis définitivement pas un pro car je suis justement celui que vous citez : je connais les base de css, html, php, mysql ,des cms, de jquery, boostrap and co. Je lis depuis des dizaines d’années plein de bons bouquins de design, mise en page, typographie, webdesign, graphisme… ça m’amuse, ça me distrait et la mise en oeuvre est pour moi un jeu. Je crois que des bidouilleurs comme moi, il y en a plein le web et que nous faisons le web (avec ses défauts, j’en suis conscient) et que vous, vous faites la partie qualitative du boulot que j’essaye d’apprendre peu à peu 🙂 #my2cents

    #9 par Dominique Dupontcom

    27 Jan. 2015 à 11h34

  • Très belle reflexion & intelligente ! Effectivement, je partage ta vision sur ce qu’est un vrai developpeur front-end. On se retrouve souvent, dans nos metiers, le cul entre 2 chaises, coincé entre la conception, la créa, la technique. J’adhère complètement à ta proposition de Front-end Designer qui me semble bien moins confusant pour le commun des mortels .

    #10 par JuL

    27 Jan. 2015 à 11h43

  • Article très intéressant !

    Le problème de fond est cette incessante volonté à donner un titre à ce que l’on fait ! Chacun a des expertises qui lui sont propres et essaye au quotidien d’optimiser et peaufiner ce bagage.

    #11 par Aurélien

    27 Jan. 2015 à 12h02

  • Salut, moi avoir le cul entre deux chaises j’aime bien, ça me permet de faire valoir des compétences que d’autres n’ont pas. Ça me permet d’évoluer vers autre chose.

    Intégrateur ? Développeur ? Ce qui m’intéresse c’est ce que votre profil peut apporter à mon entreprise. Le titre permet de dégrossir, l’approfondissement de vos créas et CV me permettent de savoir si vous allez convenir à nos projets. Si j’envisage une collaboration, on se voit, on discute, quelles sont vos forces, quelles sont vos faiblesses, comment on peut les exploiter pour rendre service au projet, pour rendre service à votre évolution professionnelles.

    Pour moi ce qui est important c’est votre capacité à comprendre des projets, des équipes, des concepts, inventer votre métier de demain. Peu importe que vous soyez Intégrateur / Dév. Front. / Dev jesaispasgouahlà, l’importe ce sont, à nouveaux, vos compétences. Bien garder à l’esprit qu’il y presqu’autant de projets différent qu’il y a de client. Des grandes lignes certaines, mais surtout des expertises et des besoins métiers qui font les subtilités des projets… et des profils qui sont rassemblés autour.

    Chez nous on appelle Designer aussi bien un profil technique Front qu’un profil créatif Front.

    [ Adri ]

    #12 par Adrien Leygues

    27 Jan. 2015 à 12h30

  • Tu résumes assez bien la crise d’identité (gloups) que je traverse depuis mes débuts dans le web. Comme toi, le JS se résume pour moi à faire un toogle class en jQuery (bon ok en vanilla JS maintenant que c’est moins chiant) à des fins de customisations d’interactions d’interface. Ca m’exaspère et m’attriste à la fois quand on me met dans la case “développeur”, même front développeur pour deux raisons :

    1. je ne suis pas légitime dans cette case, j’ai pas “gagné mes gallons” vu que le peu de dev que je fait se résume à bidouiller une boucle WordPress et ouvrir un menu en JS. Ca m’ennui pour les vrais devs, j’ai du coup l’impression qu’on diminue leur compétences en m’assimilant à eux

    2. je ne compte pas devenir légitime un jour dans du développement, j’aime ce que je fais, du design, de l’interaction, de l’UX, du CSS.

    L’autre chose qui me chagrine vraiment, c’est l’image qu’ont certains “vrai” développeur du HTML (je mets de GROS GUILLEMETS, je vous aime les devs <3) : un truc chiant, relou qu’on est obligé de faire mais qu’on a jamais appris donc on va claquer un Bootstrap dessus et ça suffira (true story, hélas). Même chez ceux qui font du nodeJS ou Angular, beaucoup n’ont que peu de connaissances des exigences du langage HTML, le CSS c’est trop chiant et ça marche nulle part je comprends pas comment on aligne deux blocs, bref, on passe par du templating tout fait. Il y a à mon avis une vrai expertise à apporter à ces gens là, même si on n’en fera jamais des intégrateur comme on fera jamais de moi un développeur JS ^^

    J’avais vu le terme de Front-Designer la première fois chez Brad Frost. J’aime bien l’idée, mais je trouve qu’au final, Web Designer défini assez bien nos métiers, que ce soit le côté créa que le côté HTML/CSS : on design le web, au sens de construire, fabriquer, que ce soit la construction des plans (maquette PSD) ou du vrai “objet” final (le site). Après je fais parti des dingues qui pensent que le CSS est un outil de design, ça aide un peu à voir le monde dans ce sens. C’est pareil à mon avis de plus en plus avec le retour des animations sur les sites. Je parle pas de flash like, mais de simples animations qui améliorent l’expérience utilisateur. Il faut du CSS pour les construire, mais il faut également une sacrée expertise en design, motion et expérience utilisateur pour les “designer”, les imaginer, régler la durée, etc. Là encore, c’est pas vraiment au développeur de prendre ce genre de décisions, on a encore besoin de personnes qui ont les fesses entre deux disciplines. Et je parle pas d’un mouton à 5 pattes qui maitrise Photoshop et PHP, juste d’une personne sachant faire le lien entre le visuel et l’interaction.

    Enfin, j’ai l’impression que cette problématique est unique en son genre et présente dans principalement dans le web (mais je peux me tromper). C’est moins compliqué pour de la mobilité par exemple ou tu as design VS développement iOS ( ou Java pour Android par ex) bien définis.

    Bref, nos métiers évoluent, il faut savoir évoluer avec. Le souci ça sera encore le recrutement et la formation des djeuns à un truc qui bouge tout le temps ^^

    #13 par Stéphanie Walter

    27 Jan. 2015 à 12h58

  • Quelle rapidité ! 🙂 Merci @STPo.

    > J’entends ces derniers temps certains oiseaux de mauvais augure parier sur la mort prochaine du fronteux qui n’aurait pas pris le virage du développement.

    Je l’entends beaucoup, ça ne me plait pas du tout : on ramène tout à la technique. Alors que la plus-value d’un profil “intégrateur expérimenté” n’est qu’à moitié technique.

    >le spécialiste CSS doit se saisir de l’intention insufflée par la direction artistique, la comprendre et la restituer intelligemment

    Il n’y a pas toujours de DA sur tous les projets utilisant des technos web. J’ai vu des collègues (“intégrateurs/webdesigners”) concevoir des interfaces utiles, claires et bien foutues pour des applications, des outils internes (mais utilisés par des milliers de personnes), pour le coup, pas de DA, mais plutôt une DE (direction ergonomique ? lol), que le fronteux a assuré lui même (en amont de la réalisation technique).

    En conclusion, ce qui ressort (une fois de plus) de cette discussion sur nos métiers, c’est la prépondérance, en France, des étiquettes, des petites cases. Et nous-même, dans cette discussion, on se fait prendre au jeu (“le VRAI developpeur front-end”). On raisonne par “fiche de poste” plutôt que par continuum de compétences, de savoirs-faire. Là dessus, je trouve les anglo-saxons plus sains.

    Pour finir sur une note personnelle, j’ai un peu le même genre de problème de positionnement : j’ai un profil qui mélange design, ergo et code (mais pas illustration ni branding). Niveau code, pour certains, je commence à ressembler à un dev (j’utilise et met en place de l’automation basé sur nodeJS, browserify, lodash/underscore etc… en partie grâce aux copains de @chtiJS). Mais ce sont juste des moyens, ma plus-value n’est pas sur le code, elle est sur la conception d’interfaces, c’est mon métier, ma trajectoire, ma bataille. Les discours qui opposent design et dev me hérissent, puisque j’ai un pied dans les deux mondes.

    Quelques liens autour du sujet :

    http://bertrandkeller.info/2012/01/12/2919-pourquoi-lintegrateur-doit-devenir-concepteur/
    http://fr.slideshare.net/Goulvench/intitules-de-poste-bas-les-masques

    #14 par 0gust1

    27 Jan. 2015 à 12h58

  • Je suis entièrement d’accord avec la réflexion, les métiers du Front-end se sont fortement diversifiés et complexifiés, mais j’irai un peu plus loin…

    Nous parlons de développeur front-end, certes tout le monde n’utilise pas les frameworkJS Angular, Ember et compagnie, tout le monde ne tape pas 1000 lignes JS par jour… Cependant, l’ancien intégrateur a revu sa copie, son code n’a plus rien à voir avec le passé, ni son workflow, apparition des pré-processeur, des post-processeur, de bower/grunt/gulp, mixins, réutilisabilité etc c’est en ça aussi que le responsable du développement des interfaces a vu son poste migrer vers des valeurs de “développeur”

    Plus de composantes techniques, un cadre de travail plus spécifié et formaté.

    A cela on ajoute aussi des technique de OOCSS, des notions de Web Components. C’est une mécanique de développeur.

    Mais, en plus, et Stéphanie est très bien placé pour le savoir, votre métier va bien plus loin que l’affichage, il s’agit aussi de l’interaction (UX, Animation)

    Cependant le terme Designer est aussi applicable, par design, j’entend concepteur, celui (celle) qui pense la solution à une problématique et là on peut dire que c’est un peu ce que vous faites toute la journée… (je ne parle pas de problématiques techniques mais bel et bien de problématiques d’usage et d’expérience utilisateur)

    Donc, Front-End Designer mais UI/UX Developer aussi

    #15 par Clément Roy

    27 Jan. 2015 à 13h41

  • Sur l’article mentionné par Vincent, le collectif Openweb s’est clairement pris la tête sur ces mêmes réflexions (je vous laisse (re)lire). Pour ma part, voici le constat :

    • le terme “Intégrateur” est clairement sous-évalué, du fait de l’histoire, blablabla ce que tu as très bien mentionné ici => pour ma part, ça ne rend plus du tout compte de mon métier (j’en fais 600 fois plus qu’avant et il s’étend sur un spectre largement plus étendu), même si j’adorais ce terme, je ne l’utilise plus : banni.

    • il y a aussi l’aspect salaire : c’est débile car les compétences front deviennent de + et + pointues, mais va savoir pourquoi un inté est moins considéré qu’un dev alors que si on l’appelle dev front, là ça va mieux.

    • tu as le point de vue + designer (tu fais de la créa), moi je n’en fais quasiment plus, donc le terme front-end designer me gêne aussi pour ma pomme, car je code plus que ce que je ne “designe” (même si effectivement j’interviens de plus en plus entre les maquettes et la pure inté pour mettre mon grain de sel).

    Donc en conclusion, j’en arrive à voir tout simplement le terme “développeur front-end” qui est un fourre-tout : ça ne veut rien dire, mais tout le monde comprend qu’on travaille sur la devanture. Après, je te remets le commentaire que j’avais mis dans l’article cité plus haut :

    “Ensuite je crois que la solution, c’est justement d’arrêter de chercher à cloisonner à tout va : sur le front-end, tu peux être par exemple un intégrateur, un inté expert en accessibilité, un développeur JS, etc. il y a diverses cordes à mettre à son arc (tu peux être un dieu de l’accessibilité, avoir des notions en Javascript, être avancé en CSS, etc.).

    C’est particulièrement criant (la vidéo de Stéphane à Paris Web 2009 en parle très bien) sur des petites structures, où les attributions sont moins cloisonnées que dans les grandes structures.

    Analogie à 2 cents : un peu comme les jeux de rôles, tu peux être un guerrier tank, un défenseur, un expert de l’arc, etc. tu n’en restes pas moins un guerrier.”

    En soi, ça ne me dérange plus de le dire, car même si je ne fais pas du Angular et consorts (et si je comprends ce que tu veux dire), je n’ai pas trouvé de meilleur terme. Et cela ne me pose pas de cas de conscience ni de crise d’identité (pas besoin de créer des crises là où il n’y a pas lieu d’en avoir : ce sont des évolutions), au pire, je détaille si on me demande mes compétences.

    Et de toutes façons, ça n’empêchera pas les titres ronflants genre “CSS full stack designer & interactive thinker of the motherfucker front”.

    #16 par Nico

    27 Jan. 2015 à 13h53

  • Article intéressant, même si je reste un peu sur ma faim, car déjà traité… néanmoins j’apprécie le partage que tu fais de ton retour d’expérience et de ta réflexion.

    Hier, bon ça remonte un peu plus loin, quand les “intégrateurs devaient monter au front” (http://nota-bene.org/Integrateurs-montez-au-front-Paris), personne ne savait comment insérer cette pièce du puzzle notamment en agence web, celui qui bouffait un peu de taf aux graphistes et aux développeurs, celui qui voulait la disparition du flasheur, celui qui se la ramenait avec ses idéos intégristes sur le contenu roi et la sémantique, qui voulait faire de l’animation une couche d’amélioration… Mais il a bien fallut faire avec lui, lui qui voulait qu’on le nomme intégrateur (quelle drôle d’idée), et pas monteur (trop flash), ni webmaster (trop couteau suisse, et pas assez expert sémantico-standard), lui qui se disait être la future pierre angulaire du développement web… Aujourd’hui, de nouvelles segmentations s’opèrent et les intégrateurs qui effectivement ont repris à leur compte le terme de développeur se retrouve dans la position des graphistes/développeurs/flasheurs d’avant 2010 : parce que oui, il va falloir encore une fois réaménager les bureaux pour faire cohabiter des nouvelles spécialisations ; des intégrateurs pur jus pour la poésie du code front, des devs front qui parlent comme des devs :), des animateurs front, des designers front et UX, etc. Et surement d’autres encore dans les années à venir… Pourtant, moi, un mec qui me dit je suis intégrateur, ça me rassure, parce que je sais d’où il vient, qu’il est issu de la mouvance française Alsacreations/OpenWeb… qui me ressemble quoi… mais comme le dit Adrien, un profil qui vient de parler avec envie et passion, qui m’explique son métier et ce qu’il m’a à offrir, même s’il me dit qu’il est développeur front-end ou je ne sais quoi encore, on lui fera bien une petite place entre nous, car sa complémentarité et ses connaissances pourront bien nous aider à arrêter des bidouiller toutes les technos qui sont à notre portée de main… (même si c’est sympa et rigolo comme tout), la spécialisation des nos métiers engagées il y a quelques années devrait nous permettre de se sentir à notre place sans avoir à nous qualifier par des mixtes comme “développeurs-intégrateurs”… Y’a de la place pour tout le monde, non ?

    Un manager Front-end, intégrateur dans la tête. Et développeur front-end pour les autres… 😉

    #17 par Laurent

    27 Jan. 2015 à 14h07

  • La dictature des mots. Pour être toujours dans la tendance il faut utiliser les derniers mots à la mode, la plus part du temps en anglais. Comme tu le dis il n’y a pas un seul profil intégrateur/Front-end designer/développeur front-end. Le terme développeur vient du fait que les interfaces deviennent de plus en plus complexes, avec notamment la prolifération d’ajax.

    #18 par Rabot

    27 Jan. 2015 à 14h11

  • Salut toi !

    Cette lecture est éclairante pour moi qui suis, justement, de cette tribu cachée de licornes qui font énormément d’inté ET de dev, back-end, front-end et iso (Node donc). Cette pluralité vient surtout de mon parcours (19 ans de carrière quand même dont 18 ans de web) qui m’a “forcé” à fouiller chaque aspect lorsqu’il s’est solidifié, et clairement ça n’est pas représentatif.

    En tant que formateur et parce que j’ai l’habitude du monde web hors-France, où on évite autant que possible les silos et la sur-découpe des postes, j’ai une tendance naturelle à vouloir, d’une part, éviter cette sur-spécialisation et cette dévalorisation du “poste bas” (inté, analyste programmeur…) et, d’autre part, à vouloir “tirer” les non-devs vers plus de dev, pour augmenter leur valeur ajoutée.

    Cette vision des choses ne prend toutefois pas en compte—et c’est là que ta lecture, et celle du commentaire de Stéphanie notamment, sont éclairantes—les gens qui n’ont pas envie d’aller vers plus de dev, qui aiment leur périmètre hors-dev, lequel est déjà bien riche, comme tu le dis, au croisement de HTML, CSS, a11y, standards, perfs, UI, UX, RWD… !

    Note que je prépare, avec une connaissance commune dont je dois taire le nom pour le moment, une formation qui justement sera beaucoup plus “front-end designer” (j’adore le terme) que “front-end dev” (telle que la JS Total que tu as suivie).

    Et de fait, la multiplication des technos fait que même au sein du front-end dev, on va voir émerger des spécialisations par thème, juste parce que le périmètre global devient trop vaste. Je vois bien arriver des profils avec tous la même fondation (assez de HTML/CSS/UX pour avancer, beaucoup de JS) mais des préférences marquées pour, par exemple : webperf ; anims/graphiques ; offline management ; networking ; etc.

    Merci pour ton article en tout cas, et pour ce terme de « Front-End Designer », qu’il vienne de toi ou de Brad, peu importe. Il remplit un vide, clairement.

    Cheers,

    #19 par Christophe Porteneuve

    27 Jan. 2015 à 15h07

  • Bonjour, et merci pour cet article très intéressant qui aborde beaucoup de points connus mais également (et c’est sous-jacent), les rapports qui peuvent exister entre divers les postes intervenant dans la conception web. J’aime beaucoup ton terme “front-end designer” même si je n’ai jamais nourri de complexe à me définir comme un intégrateur ou web designer. Mais je pense que ce terme de Developpeur front-end qui a pris le pas sur tous les autres maintenant est né d’un certain mépris (et dans certaines agences / boîtes ce n’est pas qu’une impression) des développeurs pur jus pour les “intégrateurs” qui utilisent des langages qu’ils pensent être de prime abord plus simple que la programmation en PHP ou en JS. C’est pourquoi je pense que le terme ne disparaîtra pas tout de suite 😉

    #20 par Eva Fert

    27 Jan. 2015 à 15h39

  • Oui Dur dur d’expliquer à son entourage, parce que oui on se prend peut être la tête sur une fiche de poste et qu’on devrait plus parler de nos compétences sauf que les gens autour de nous: famille, amis ou même des DRH ne comprennent pas vraiment ce qu’on fait. Si on dit webdesigner on te met dans la case artiste (celui qui fait du graphisme web) , si on dit développeur front-end on te met dans la case geek qui code et si on dit intégrateur on te met dans la case bidouilleur… Donc entre nous, pas de soucis, nous savons mais les gens qui nous entourent non et si nous ne sommes pas capable de cerner notre métier alors ils comprendront encore moins.

    J’aime bien ce titre de front-end designer. Ça mélange technique et créativité je trouve. J’ai aussi entendu le terme de devsigner dans une conférence !

    Je pense que le problème vient des entreprises. Les grands organismes recrutent des profils très spécifiques et donc on va avoir un dev. front-end spécialisé JS, un dev. front end HTML-CSS, un webdesigner (chargé de faire les maquettes) mais pas de profils hybrides qu’on retrouvera plutôt dans les petites entreprises (faute de moyens). Cela créer un fossé et les DRH se retrouvent en face de profils hybrides car beaucoup d’annonces de petits organismes ciblent des moutons à 5 pattes, l’obligation alors pour beaucoup de se former sur plusieurs domaines et de devenir moyen.

    Alors quoi faire ? Devenir Hybride pour répondre au maximum à la demande d’emploi / par choix car on est freelance ou bien se spécialiser et dans ce cas travailler sur un domaine très précis  ?

    #21 par Jordane L

    27 Jan. 2015 à 16h03

  • Je suis en galère, je ne sais plus qui je suis.

    Bon, le terme front-end developer m’avais l’air d’indiquer le développement d’interfaces, et ça m’allait bien maintenant que je sais faire une loop en JS et taper dans du JSON. Mais tu as raison dans ton questionnement. Même si j’aspire à aller encore plus loin dans le dev, je ne me sens pas encore papa dev. Pourtant j’ai fait des trucs qui m’impressionnent moi-même (oui hein), je ne fais pas de créa et ne suis pas front designer. En revanche, ici au taf on a des “intégrateurs” qui ne font pas de js. Et en ça c’est nécessaire de se distinguer peut être. Un peu comme l’histoire des classes de flasheurs comme tu disais 🙂

    Et même si y’a quand même clairement plusieurs niveaux de dev, je pense quand même que le titre du poste n’est pas sans sens (dis ça *10 à voix haute).

    interessant

    #22 par kazes

    27 Jan. 2015 à 16h40

  • Intégrateur, développeur front-end, designer front-end… ces querelles de taxonomie et d’intitulés relèvent de la masturbation intellectuelle. Pour ma part, je ne fais pas de distinction « sémantique » entre un intégrateur et un développeur front-end, en ce sens que ces deux appellations couvrent une même réalité.

    S’il y a deux questions centrales, elles ne concernent pas l’appellation à donner au métier de bon nombre de commentateurs , mais la reconnaissance d’un tel profil, d’une part, et le périmètre technique, d’autre part.

    En ce qui concerne la première question centrale, si le métier d’intégrateur / développeur front-end est reconnu comme un métier à part entière, avec les honneurs dus à son rang, dans les pays anglo-saxons (c’est, du moins, l’impression que j’en ai quand j’écoute les conférences d’un Kaelig Deloumeau-Prigent ou que je contemple le travail qu’a pu pondre ce même Kaelig pour BBC News ou le Guardian), il souffre encore d’un manque de reconnaissance dans nos contrées. Même si ça peut bouger favorablement çà et là (je ne doute pas un instant, par exemple, que Nicolas soit reconnu à sa juste valeur dans l’agence où il travaille, même s’il est vrai que son agence est suisse et qu’il est « le Suisse-allemand de la qualité Web » 😉 ), combien de fois pouvons-nous constater que le travail livré par un développeur front-end n’a pas été respecté par le développeur back-end (par exemple, des gabarits HTML statiques et valides selon le doctype employé cessant de réussir le test du validateur du W3C une fois le site mis en production) ? Combien de fois pouvons-nous constater que la propreté du code livré par un développeur front-end se retrouve salie par un développeur back-end ou par ceux qui sont chargés de la maintenance ? Combien de fois pouvons-nous tomber sur des agences ou des SSII qui ne veulent pas lâcher les sous quand il s’agit de rémunérer à sa juste valeur un développeur front-end, qu’il soit salarié ou prestataire ? Combien de fois tombons-nous sur des offres de poste ou de mission de développement front-end qui ne jurent que par des frameworks CSS comme Bootstrap (pour ma part, je ne porte absolument pas les frameworks CSS dans mon cœur, surtout les frameworks tendant à l’usine à gaz) ?

    Cette dernière interrogation m’amène à la seconde question centrale. Pour ma part, j’attends d’un intégrateur / développeur front-end qu’il soit capable non seulement de coder du HTML sans éditeur WYSIWYG, mais aussi de savoir coder des CSS sans recourir à un préprocesseur (même si l’utilisation d’un préprocesseur facilite grandement la productivité et la maintenance des projets Web pour la partie CSS, et c’est un grand fan de Sass qui parle), de savoir monter des gabarits HTML sans utiliser de framework (je parie qu’on peut facilement tomber sur des CV qui annoncent une grande maîtrise du HTML et de CSS, mais qui proviennent de profils qui ne savent pas coder autrement qu’en utilisant Bootstrap), de savoir coder en JavaScript sans recourir à une bibliothèque JavaScript (et, lorsqu’il en utilise, de ne savoir ne pas se ruer sur le premier plug-in jQuery venu). À propos de JavaScript, vu que j’estime qu’un intégrateur / développeur front-end est, à la base, destiné à intervenir sur des pages Web classiques (ou des gabarits d’emails en HTML), je n’attends pas de ce dernier qu’il cherche obligatoirement à maîtriser Angular, Backbone ou tout autre framework JavaScript ni Node.js, auquel cas je préfère qu’on emploie les termes de développeur Angular, développeur Backbone, développeur Node.js… Quant aux outils, à la rigueur, on s’en fiche : ce n’est pas l’outil qui fait le développeur et on ne peut se permettre de mettre en ban un intégrateur / développeur front-end parce qu’il n’utilise pas tel éditeur de code, qu’il ne met pas en place des tests unitaires ou qu’il n’utilise pas Grunt, Gulp ou tout autre outil plus ou moins à la mode qui vous passe par la tête.

    En ce qui me concerne, je me sens développeur : quand je fais de l’intégration HTML / CSS, je fais du développement. Certes, il n’a pas de MVC dans les parages ; mais, c’est du développement au même titre que du développement PHP, du développement Ruby ou du développement Java, et du développement qui a son lot de spécificités, d’épreuves, de débogages, de difficultés parfois, en un mot de connaissances précises, voire pointues. Autrement dit, si c’était aussi facile et aussi négligeable et si ça ne valait pas la peine de se battre pour sa reconnaissance, des gens comme Nicolas ou moi auraient changé de métier depuis longtemps.

    En revanche, je ne me sens pas designer : je ne fais pas de créa et, même si je peux être amené à critiquer la faisabilité de l’intégration d’une maquette sous Photoshop, Fireworks ou Illustrator ou à être force de proposition à l’égard du travail des métiers de la créa (dans une perspective constructive et dans le respect de ces métiers, cela s’entend), quand j’utilise mes mains, c’est pour manier les touches du clavier, pas pour manipuler un stylet sur une tablette graphique.

    En résumé, à partir du moment où les cordes à son arc comportent le HTML, les CSS et le JavaScript, et à haute dose, on est intégrateur ou développeur front-end, les deux appellations étant équivalentes. Et, à partir du moment où l’on touche aussi, par exemple, à Angular, à Node.js, aux performances, à l’accessibilité, à la qualité Web, à l’ergonomie ou à la créa, on devient un profil polyvalent.

    #23 par Victor Brito

    27 Jan. 2015 à 16h53

  • Le truc marrant c’est que « développeur » est pour certains un mot vulgaire employé pour désigner une sorte de sous analyste-programmeur, fonction elle-même bâtarde issue de la fusion de l’analyste et du programmeur qui étaient des métiers clairement distincts (et autrement rémunérés). Un boulot pas nécessairement très valorisant, avec l’image du type qui passe sa journée sur son clavier, un job que l’on trouve parfois plus économique de délocaliser en Tunisie ou en Inde, l’idée du « pisseur de code » n’est pas très loin. Alors que l’analyste lui se sert de son intellect, il sait faire le calcul de complexité d’un algorithme mais n’en écrira probablement pas une ligne. Alors, oui, ne pas se réclamer développeur n’est peut-être pas un mal.

    #24 par Valérie Martin

    27 Jan. 2015 à 23h15

  • L’appellation “développeur front-end interactif”, est déjà rentré dans le vocabulaire de beaucoup de devs !

    #25 par Jeej

    28 Jan. 2015 à 00h50

  • “va savoir pourquoi un inté est moins considéré qu’un dev alors que si on l’appelle dev front, là ça va mieux.” > Parce que vous savez pas vous vendre ? En tant que recruteur, je vous le redis, ce qui m’intéresse c’est d’abord un titre puis vos compétences et expériences.

    #26 par Adrien Leygues

    28 Jan. 2015 à 10h21

  • Merci à tous pour vos commentaires. J’hésitais à poster cet article (qui est en brouillon depuis un an) mais je vois qu’au final il fait réagir !

    Je réponds un peu en vrac, certaines choses très justes ont déjà été abordées plus haut 🙂

    Juste pour que ce soit clair : ce n’est pas qu’un problème d’étiquettes et de petites cases bien-de-chez-nous-en-France. En fait, je me fous éperdument de savoir comment on m’appelle du moment que le terme utilisé ne me fait pas passer pour ce que je ne suis pas. C’est uniquement pour ça que je n’aime pas « développeur » : c’est une imposture, ça fait croire aux recruteurs que je fais du développement et ça nuit aux vrais développeurs qui sont mis dans le même sac que moi.

    Les commentaires de Christophe et Stéphanie (entre autres) soulignent un point qui me semble central pour envisager l’avenir de nos métiers avec clairvoyance : le fait que certains fronteux soient venus au HTML/CSS/JS sans la volonté de devenir développeurs, parce que ce qui les intéressait dans ces technos n’était pas le développement. La plupart de ces personnes-là n’ont, en toute logique, toujours aucune envie d’aller vers le développement aujourd’hui, même si le JavaScript est monté en puissance depuis. Il y a tellement d’autres choses à faire sur le front-end, on peut encore laisser ça à ceux qui aiment le faire (et le font donc logiquement mieux).

    À ceux qui pensent que le terme « développeur » est justifié parce qu’un fronteux est aujourd’hui obligé d’empiler les outils en NodeJS et les fichiers de config pour bosser : je ne pense pas que gérer tout ce bordel suffise à faire de moi un développeur. Le développement c’est une tâche, la configuration d’outils de travail c’est une autre tâche (pénible pour tout le monde d’ailleurs je pense).

    Sur le mépris du travail d’intégration HTML/CSS par les développeurs : j’ai l’impression que cette bataille-là est derrière nous. Certes il reste des cons, mais dans l’ensemble le message est passé, faire du CSS solide c’est pas du tout un travail de rigolo et ceux qui en doutaient encore ont changé d’avis quand ils ont essayé de le faire eux-mêmes. La conférence de Stéphane sur le sujet (que je connais très bien pour l’avoir illustrée au passage 🙂 ) c’était en 2009 et j’ose espérer que les lignes ont bougé depuis…

    Sur le terme « web designer » : pour moi (et dans son acception anglo-saxonne), il englobe la partie créa qui manque au profil du « front-end designer », et donc ne convient pas à tous les profils d’ex-intégrateurs (même s’il convient au mien et à celui de Stéphanie par exemple, certes).

    Bon, et sinon : ça fait du bien de vous lire, n’hésitez pas à apporter de nouvelles réflexions à tout ça 🙂

    #27 par STPo

    28 Jan. 2015 à 12h01

  • @Adrien : j’ai pas de souci en particulier pour vendre mes compétences 😉 c’est juste qqch que je vois encore, même si ça disparait petit à petit.

    Même encore maintenant, j’entends ce petit ton dédaigneux (et même chez des pros), genre “tu sais faire tout ça, pas mal pour un simple inté” ou ce genre de remarque. C’est pas méchant (et même souvent plus de la maladresse que de la méchanceté), mais ça existe toujours. Bon, je ne m’en offusque pas plus que cela pour ma part, surtout venant de devs backs alcooliques, de branleurs de chefs de projets ou de drogués de graphistes (des clichés se sont glissés dans la phrase, saurez-vous les retrouver ?).

    Plus sérieusement, toujours est-il que ça a vraiment évolué : sur le dernier projet sur lequel je suis intervenu pour du template responsive, le back et le graphisme ont même pas discuté et c’est moi qui ait dicté mes volontés. Cela ne se serait jamais vu il y a qq années, on m’aurait dit de faire comme la maquette et de fermer ma gueule (bon c’est pas tous les jours rose comme ça non plus).

    #28 par Nico

    28 Jan. 2015 à 14h26

  • Et pourquoi pas des double/multiples compétences ? Webdesigner et développeur frontend ? UX Designer et Interaction Designer ? Ce sont des compétences qui se combinent, se complètent et non se repoussent.

    De même que pour les développeurs, y’a plusieurs niveaux, des spécialisations et le fait que tu ne fasses pas de single-page app n’a pas d’impact sur l’intitulé/la compétence. D’ailleurs, y’a aussi une ribambelle de développeurs back qui ne font pas de tests et on les appelle développeur quand même 😉

    #29 par T

    31 Jan. 2015 à 19h38

  • Merci et encore merci ! Après avoir eu pas mal de discussions sur cette étiquette de “développeur front-end”, j’aperçois dans l’appellation “front-end designer” ou “designer front-end” une entrée pour mieux (faire) comprendre mon métier et ses limites.

    #30 par Bruno Bichet

    1er Fév. 2015 à 16h26

  • Merci encore.

    @T : Pourquoi pas, en effet, mais ce n’est pas l’objet de mon article ! Comme je le disais plus haut je suis moi-même multi-compétences et je pense mon profil davantage proche de celui d’un web designer à l’anglo-saxonne (créa + CSS) que d’un front-end designer. Mais ce n’est pas le cas d’une grosse partie des ex-intés… Alors oui, on peut être front-end developer ET front-end designer, mais pour moi ça reste deux compétences distinctes.

    #31 par STPo

    2 Fév. 2015 à 10h44

  • […] y a d'ailleurs consacré un savoureux billet la semaine dernière. […]

  • […] lis les tentatives de nommage de designer front-end suite aux interrogations de STPo. J’avoue avoir un peu de mal parce que ce que j’en lis ressemble quasiment parfaitement […]

  • JeSuisIntégrateur

    #34 par Nicolas

    4 Fév. 2015 à 21h45

  • JeSuisUnMagicienternet

    #35 par LaboCss

    5 Fév. 2015 à 12h07

  • Je trouve que l’on a souvent plus à se battre avec des designers graphiques venant du print et vous imposant via l’accord du client un layout impossible (ou presque). Ce métier, que vous avez clairement défini dans votre article, est essentiel et créa et en prod et devrait enfin renvoyer au print tous ces DA incompétents en webDesign.

    #36 par Sébastien Fanger

    19 Fév. 2015 à 14h57

  • Le titre de “web développeur front-end” signifie sémantiquement que les compétences requises sont liées à de la programmation “de façade”, et - de fait - à du javascript. Par conséquent, avoir besoin d’un intégrateur dans son équipe et rechercher un développeur front, me parait être une démarche un peu… curieuse.

    Aujourd’hui, le “web-développeur-front-end-sa-race” est devenu une espèce de marque de prestige, plutôt qu’un rôle à jouer. Il suffit de jeter un oeil aux offres sur Remixjobs pour observer à quel point ce terme génère un bordel ambiant colossal : Derrière des offres de développeur front-end on retrouvera une entreprise recherchant un expert photoshop et php (lal). Parfois, il s’agira d’un profil intégrateur + dev js. Parfois d’un graphiste + dev js. Parfois d’un intégrateur + UX … Bref. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’on peut y trouver tous les combos possibles et imaginables.

    Le résultats des courses, c’est qu’un employeur n’est plus pris au sérieux au vu des incohérences entre l’offre proposée et les compétences demandées, mais aussi que les personnes en recherche de job doivent se farcir une majorité d’offres qui n’ont rien à voir avec leur compétences réelles.

    En s’approchant davantage des compétences pour éviter ce genre de confusion : Pourquoi un titre comme “développeur Javascript” ferait-il moins prestigieux que “développeur front-end” ? D’autant plus qu’aujourd’hui, et notamment avec nodeJS, le côté “front-end” serait, ou sera peut-être à reconsidérer.

    L’intégration indique la transformation d’un objet d’un support à un autre. Dans le cas de l’intégration web : Le passage du format graphique au format web, et tout ce que cela implique comme compétences, à ne pas sous-estimer. Personnellement je n’ai absolument aucune honte à me prétendre intégrateur web (bien que je ne sois pas seulement intégrateur), il s’agit d’un métier extrêmement riche lorsque l’on travaille pour des personnes comprenant le métier.

    Je n’aime décidément pas ce terme, et suis tout à fait d’accord avec T. Nous avons le droit de combiner en intégrateur - graphiste web, ou intégrateur - développeur, sans vouloir prétendre être ce que nous ne sommes pas.

    “Front-end designer”, après tout pourquoi pas. Mais il y a deux problématiques : - “designer” est-il à comprendre dans sa version anglaise (signifiant “concepteur”), ou dans sa compréhension à la française (graphiste) ? - “Front-end” est confondable avec front-office, certains employeurs s’y perdent encore. (coucou les offres de front-end php)

    #37 par Nicolas Bocquet

    17 Avr. 2015 à 11h44

  • Pour moi, on peut réaliser une échelle de compétence, au delà de la terminologie, pour déterminer simplement ou l’on se place :

    Débutant

    Maîtrise du HTML5 / CSS3 Gestion de l’affichage Responsive Intégration et modification de scripts Javascript. Gestion de l’accessibilité Connaissance d’un CMS, capable d’intégrer sur CMS

    Intermédiaire

    Utilisation d’un préprocesseur CSS type LESS ou COMPASS Bonne connaissance de javascript, XML, PHP. Développement d’effets Javascript élaborés Développement d’interaction AJAX Maîtrise d’un ou plusieurs CMS.

    Confirmé

    Développeur Javascript confirmé Développer des single page application Maîtrise du MVC coté client Maîtrise d’un framework Javascript (Angular ou Backbone, par exemple) Tests unitaires et d’intégration

    #38 par MeMeN

    27 Mai 2015 à 09h15

  • […] mais, d’une part, de poursuivre la réflexion amorcée par Brad Frost et relancée par STPo, et, d’autre part, de voir comment on pouvait transposer ce nouveau profil à nos […]

  • […] son billet, STPo esquisse quelques-uns des contours du développeur front-end : MVC, tests unitaires, […]

  • Bonjour, rien à avoir avec l’article. Je me lance dans une aventure de blog informatique et je souhaite savoir comment tu gère le système de commentaire ? Je vois qu’il y a des photos à côté des commentaires comment les participants uploadent-t-ils leur photo ?

    Merci d’avance

    KARIKARAN

    #41 par Karikaran

    12 Août 2015 à 15h46

  • L’article reste d’actualité c’est vraiment intéressant. Pareil j’aimerais bien savoir comment tu gère tes commentaires ?

    #42 par Fabien

    27 Août 2016 à 18h00

  • @Karikaran @Fabien : ce sont des gravatars, des images liées automatiquement à partir de l’adresse email de l’auteur.

    #43 par STPo

    29 Août 2016 à 08h51

  • hahahaaaaa !!! Superbe analyse du métier, avec beaucoup d’humour …

    #44 par Julia

    20 Oct. 2016 à 21h26

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