Paris Web 2016

Je participe à Paris Web chaque année, mais depuis quelques éditions je ne ressentais pas le besoin d’en faire un compte-rendu. Cette fois-ci oui, et c’est sans doute une bonne nouvelle.

Je suis de ceux qui pensent que les associations doivent mourir de leur belle mort.

L’année dernière, pour la 10e édition de Paris Web, j’ai eu l’impression d’assister à un événement en perte de vitesse et de pertinence malgré ses nombreuses qualités. Je n’avais plus l’impression d’apprendre grand-chose aux conférences, je voyais toujours les mêmes têtes revenir (sur scène et dans les couloirs), une routine un peu triste s’était installée. Je me suis dit : « OK, c’était chouette, il est temps de mettre un terme à cette aventure avant qu’elle ne pourrisse toute seule, offrons-lui un enterrement de première classe et passons à autre chose ».

Seulement voilà, ce n’était pas à moi d’en décider. Alors qu’une bonne partie du staff tirait sa révérence (peut-être sur le même constat ?), une poignée de motivés s’est décidée à reprendre les rênes de l’association et à monter une 11e édition de la grand-messe du web francophone. Et je les en remercie, parce que j’avais tort : je pense que cette édition était une réussite, et elle est la première depuis longtemps à m’avoir fait rentrer chez moi avec des billes à utiliser dans ma vie professionnelle (et ma vie tout court).

Les conférences

J’ai été relativement assidu, mais les aléas domestiques et la contrainte du double track m’ont empêché d’en voir autant que je le voulais. Quelques mots sur les conférences que j’ai bien aimées :

Libérée, délivrée… du syndrome de l’imposteur

Même si je ne l’ai pas reconnue tout de suite, je connaissais déjà Agnès par le biais de son Pajomatic qui m’a aidé un temps dans l’effroyable jungle administrative qu’est l’emploi d’une nounou conventionnée. Le syndrome de l’imposteur, on commence tous à ne plus pouvoir le voir en peinture à force d’en entendre parler à toutes les sauces, mais sa conférence a mis l’accent sur une de ses incarnations les plus discrètes : le retour de grossesse et la perte de confiance due à l’inactivité professionnelle plus ou moins longue que le congé maternité engendre. Un sujet qui a fait écho aux aventures qui furent les nôtres lors de la naissance de notre fille et du chaos qui s’en est suivi. Et puis venir à une conférence avec sa poussette c’est quand-même la méga-classe.

Lancer son site à l’international

On pense tout savoir d’un sujet pour l’avoir déjà abordé sur de multiples projets, et une mini-conf de 15 minutes (bien tassées) nous prouve l’inverse. Ça c’est mon Paris-Web.

DIY Mobile usability testing

La démo live d’une méthode artisanale d’enregistrement d’écran, de mouvements d’utilisateur et des expressions faciales lors d’un test de site mobile. Excellents orateurs, excellent cobaye, excellente conférence.

Éco-conception : mon site web au régime

Sujet passionnant de l’écologie dans la création web, animée par un orateur qui tord le cou à quelques idées reçues sur la perf et dont l’humilité laisse entendre qu’il en a encore beaucoup sous la pédale. Une vraie bonne surprise, sans bullshit et promouvant une démarche collective loin du green-washing et du placement de produit.

Retour d’expérience sur la refactorisation d’une application (d’e-mail)

Joker, je manque forcément d’objectivité parce que c’était ma femme sur scène. Sur la forme, c’était mieux que sa précédente conf et moins bien que la prochaine !

Il n’y a pas que class et id dans la vie

Sympathique sujet d’intégrateur velu vaguement trollesque, bon orateur, l’instant pop-corn qui va bien.

Questionnements sur l’Internet prêt-à-porter

Amélie Boucher (qu’on ne présente plus) revient en grande forme sur le sujet très actuel de l’uniformisation du (web) design. Je n’ai hélas pas pu voir toute sa conférence mais ça partait vraiment bien, je regarderai le replay (et me plaindrai à ma crèche de ses horaires).

Progressive Web Apps : le futur du web arrive

Sujet qui ne me concerne que de très loin mais orateur très à l’aise (et rigolo) malgré une thématique pas forcément top fun. Bravo, ça marchait bien et j’ai appris plein de choses.

Leboncoin, les coulisses d’une refonte graphique

Seule conférence que j’avais prévu de voir à l’avance, ne serait-ce que pour avoir l’explication du jaune pisseux de la charte historique (non, ce n’était pas « fait exprès pour faire site-un-peu-pourri-donc-accessible »). Pour tout dire la désinvolture des orateurs m’a un peu déstabilisé et la méthode utilisée pour refondre un site à 24 millions (!) de visiteurs uniques avait de quoi interpeller…

Que la direction leur ait laissé « carte blanche » (sic) pour un tel projet est déjà totalement incroyable, mais qu’ils aient découvert en cours de route qu’un repositionnement d’image global de l’entreprise s’opérait en parallèle alors même qu’ils étaient en train de refondre graphiquement leur web design de fond en comble est proprement hallucinant. Le plus fou reste sans doute que malgré cette absence de communication manifeste entre services et la candeur désarmante de l’équipe aux commandes la refonte semble avoir été un succès… Bravo ?

Trucs & astuces pour débuter sereinement

Ah, les conseils aux débutants, c’est mon dada. J’avais prévu d’aller à cet atelier pour faire mon intéressant mais je n’ai (presque) pas eu l’occasion d’intervenir parce que c’était très bien. Dommage que les ateliers ne soient pas filmés parce que la danse de Corinne mimant son client qui fait une demande WTF vaut son pesant de cacahuètes.

Inclusion et exclusion sont sur un bateau

Les conférences sont également l’occasion d’aborder des problèmes moins métier : cette année c’était l’inclusion des publics invisibles et des minorités. À l’heure où j’écris ces lignes, le débat fait encore rage sur Twitter et par billets Medium interposés, et je n’ai pas spécialement envie d’en rajouter une couche.

Pour être honnête je pense que Paris Web fait un travail plus qu’honorable sur la question, et s’améliore même d’année en année. On prend désormais pour acquis tout ce qui est fait sur l’accessibilité (c’est déjà un boulot incroyable) mais on oublie aussi que depuis la première édition le staff pousse et aide (concrètement) des orateurs inconnus à se lancer, et même plus récemment infléchit clairement sa sélection pour favoriser la mixité.

Ces sélections orientées lèvent des critiques (favoritisme, amateurisme, etc.) et j’entends certains orateurs ainsi « boostés » s’indigner d’être retenus pour des raisons qui dépassent parfois leurs seules aptitudes à défendre un sujet sur scène. On aurait du mal à les en blâmer, je serais moi-même bien embêté d’avoir l’impression de prendre la place d’un autre au seul motif que la nature m’a doté d’un certain type d’appareil génital. Mais à titre personnel j’ai fini par me résigner à considérer que c’était un mal nécessaire, parce que laisser faire les choses « naturellement » on a déjà essayé (longtemps) et ça ne marche tout simplement pas.

En parallèle de la sélection, il reste un véritable travail à faire sur la retenue pour les dinosaures comme moi (et même la génération d’avant) : monopoliser la parole sur scène ou lors des questions (point important) quand on est un habitué dans sa zone de confort, c’est prendre le micro des mains de ceux qui ne se sentent pas la même légitimité à s’exprimer. Pour pousser ces derniers à la prise de parole, une méthode simple (et reposante) pour nous : moins la prendre.

Évidemment il s’agit d’un équilibre à trouver : je ne dis pas qu’il faut faire une conférence sans tête d’affiche ou qu’il faut s’interdire de contribuer à un débat qui s’enrichirait de notre experte expertise d’expert… Mais en gardant cette problématique en tête avant d’ouvrir la bouche, on peut déjà enrayer certains automatismes nuisibles et laisser d’autres voix s’exprimer.

Enfin à ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire parce que « le problème est plus large » et que « c’est la société qui est comme ça », j’ai envie de dire que s’il nous reste bien quelque chose c’est justement l’action locale et le militantisme de terrain. Thomas Parisot de Sud Web disait dernièrement qu’organiser une conférence c’est créer une société éphémère et s’assurer qu’elle fonctionne comme il faut : pour une fois qu’on peut nous-mêmes définir ce « comme il faut », appliquons-nous.

Posté le 5 octobre 2016

Arf, le champ est vide…

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Commentaires (6)

  • Pride et frissons…Merci pour ton billet <3

    #1 par tetue

    5 Oct. 2016 à 11h01

  • Merci pour ton retour 🙂
    Si j’ai réussi à faire apprendre 2/3 trucs même aux vieux routards du web sur l’internationnalisation, j’ai gagné mon Paris Web 🙂

    #2 par Aurélie

    5 Oct. 2016 à 13h29

  • Merci pour ce billet ! J’aimerai avoir plus constructif à dire mais tu m’ôtes les mots de la bouche 🙂

    #3 par Goulven

    5 Oct. 2016 à 19h57

  • Merci pour vos commentaires. Par contre vous êtes super has-been, les commentaires c’est so 2003, allez donner vos impressions sur un réseau social propriétaire fermé et périssable comme tout le monde !

    #4 par STPo

    6 Oct. 2016 à 11h51

  • “Enfin à ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire parce que « le problème est plus large » et que « c’est la société qui est comme ça », j’ai envie de dire que s’il nous reste bien quelque chose c’est justement l’action locale et le militantisme de terrain.”
    Amen.
    J’ai eu le droit à cette même réflexion d’impuissance (“la société est immuable”), dans une discussion autour des bals dansants auquel je participe (et où on découvre par hasard bon nombre de comportements déplacés, d’agression etc. en ce moment et qu’une réflexion est en cours pour y remédier). C’est vite oublié que la société n’est société que parce qu’elle est composée d’individus qui agissent. Si tu changes les comportements de ces individus, alors tu changes la société. Les changements ne viennent jamais de la société, mais des être qui la composent.

    Très chouette compte rendu, je n’y étais pas cette année, merci ♥

    #5 par Bob

    14 Oct. 2016 à 09h25

  • Merci pour ce billet !

    #6 par Samasys

    3 Déc. 2016 à 18h19

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