En 2019 : Maroilles, carbonade et W3C

Salut à toi, cher peuple du passé qui lit encore des blogs. Comme chaque année, voici quelques nouvelles dans un article-bilan tendre et funky que j’ai failli ne pas écrire (mais finalement pourquoi pas, mmh en fait j’ai la flemme, et vous vous en pensez quoi, ah ok, bon alors allons-y).

Pourtant cette année il y a des choses à dire.

Ma peinture-carte-de-vœux annuelle. J’ai dû escalader un terril pour la ref, merci d’être impressionnés. Version haute définition ici pour les curieux.

Activité professionnelle

  • La grande nouvelle, c’est que 2018 est ma moins bonne année depuis que je me suis remis en freelance à temps plein (en 2012). J’ai clôturé avec un chiffre d’affaire de 71,9 k€, c’est-à-dire -25 % par rapport à 2017 (tout de même, et après une chute de déjà 17,4 % entre 2016 et 2017). Ça fait une belle descente, et ça pourrait sembler inquiétant et voire catastrophique si on faisait semblant de ne pas voir l’essentiel : ça reste un bon chiffre pour un web designer indépendant.

  • Alors, pourquoi cette baisse ? Comme d’habitude j’essaie de ne pas trop suranalyser les choses, mais le fait est que j’ai clairement eu un « trou » conséquent dans mon carnet de commandes en début d’année. Les mois de janvier et février sont d’ordinaire assez calmes, mais cette fois ce calme s’est transformé en silence et s’est inhabituellement prolongé : trois, quatre voire cinq mois tièdes, avec quelques bricoles de-ci de-là mais aucun vrai gros projet tangible. Ça commençait à faire long. Puis à l’arrivée de l’été tout s’est ré-emballé, et tout mon carnet d’adresses a appelé en même temps pour s’arracher un planning qui s’est rapidement retrouvé saturé au point de déborder de partout. Classic shit.

  • En discutant autour de moi, j’ai constaté qu’énormément d’indépendants ont observé ce même trou dans leur activité, avec souvent la même reprise hystérique dans la foulée (l’été a été sportif pour un certain nombre d’entre nous). En toute sincérité je ne sais pas bien à quoi attribuer ce phénomène. La « conjoncture » a souvent bon dos, et je me méfie des augures fantaisistes qui s’en servent comme justification à tous les aléas. C’est néanmoins une année très politique qui s’est écoulée, avec beaucoup de changements (réels ou annoncés), et qui peuvent expliquer un certain resserrement des budgets ou une retenue un peu trop prudente chez les clients. En tout cas en ce qui me concerne c’est du passé, la fin de l’année s’étant déroulée de façon tout à fait habituelle et 2019 commençant sur les chapeaux de roue (pas de trou cet hiver d’ailleurs !).

  • D’autre part et en résonance avec tout ceci, ma situation personnelle a connu un petit séisme l’été dernier : j’ai quitté Paris pour Lille. Les vacances estivales ont donc été mouvementées, le déménagement s’étant déroulé pile au moment où mon activité professionnelle rebondissait avec fracas. Il a fallu tout gérer de front, ce qui a été particulièrement épuisant. Cela étant j’ai pu immédiatement retrouver un bureau à dix minutes à pied de mon nouveau chez moi, avec tout ce dont j’avais besoin pour être opérationnel sans délai (grâce notamment à Benoît de Nursit, que je ne remercierai jamais assez pour son accueil en terre ch’ti).

  • Beaucoup me demandent si ce déménagement a eu un impact négatif sur mon activité professionnelle : pour l’instant pas du tout, c’est même plutôt l’inverse qui s’est produit puisque je croule sous le boulot depuis que je me suis établi dans le Nord. Il faut dire que mon activité se déroulant à 100 % en télétravail, j’aurais tout aussi bien pu partir pour Papeete et continuer à travailler sans rien changer à mes habitudes (ni à celles de mes clients). Dans les faits il faut tout de même reconnaître que j’ai fait pas mal d’allers-retours Paris en fin d’année pour des ateliers ou des prises de brief (c’est là qu’on est content de n’être qu’à 55 minutes de Gare du Nord en TGV). Bref, pour l’instant ça ne change pas grand-chose, on verra comment ça évolue.

  • Pourquoi quitter Paris me demanderez-vous ? Eh bien pour plein de raisons toutes très classiques (demandez à vos amis qui sont partis, c’est les mêmes). On a quitté la cohue, la foule et la pollution, on a quitté une vie culturelle dont on ne profitait de toute façon plus (faites des enfants qu’il disait), on a gagné en qualité de vie, on a gagné 40 m² en baissant notre loyer de 400 €, on fait du vélo, on découvre des nouvelles choses, on découvre des nouvelles têtes. Tout ça s’inscrit dans une réflexion globale axée sur l’idée d’avoir moins besoin de gagner de l’argent pour vivre afin d’avoir moins besoin de travailler (afin de fabriquer moins de capitalisme au final si vous voulez tout savoir). Réflexion doublée d’un refus de plus en plus manifeste de cautionner cette folie politique, professionnelle et immobilière qu’est devenue la vie à Paris (mais a-t-elle jamais été autre chose ?). Du classique je vous dis. Et non on n’a toujours pas de triporteur, arrêtez avec cette blague.

  • Pour poursuivre dans cette logique de décroissance (du boulot) : j’essaie de doucement glisser vers un 4/5e sans toucher à mes horaires de fonctionnaire (9 h – 18 h, qu’il pleuve ou qu’il vente, pas de charrette ici). En gros : prendre mes mercredis histoire de profiter un peu plus de ma descendance et de dégager du temps pour des projets qui ne rapportent pas d’argent (bougez pas, je vous raconte ça plus bas). Ça a demandé quelques ajustements mais ça commence à être sur les rails, et j’en suis bien content.

  • En résonance avec ces réflexions, j’essaie toujours d’accorder un peu plus mon activité avec mes convictions afin de gagner en cohérence (et de mieux dormir la nuit). Ce n’est évident pour personne et je mange régulièrement mon chapeau comme tout le monde, mais j’ai quand-même pu mener à bien quelques projets qui m’ont fait me sentir un peu moins inutile sur cette planète, comme dernièrement les Pharma Papers de Basta et plus généralement ma collaboration avec ce média indépendant qui commence à s’inscrire dans la durée. Les commanditaires de ce type de projets non-commerciaux sont rarement les plus fortunés ou les mieux organisés, mais ils me donnent envie de m’investir et j’aménage régulièrement mes tarifs pour les « prendre ».

  • Ah oui, et sinon je n’ai toujours pas refait mon portfolio, même si j’ai presque commencé (si, si, y a un fichier PSD entamé et tout). Je suis bloqué, je n’y arrive pas, et à vrai dire ça me désintéresse totalement sans que j’arrive vraiment à cerner pourquoi. Il ne me sert de toute façon pas à grand chose puisque les clients me trouvent généralement par le bouche-à-oreille et que le blog que vous êtes en train de lire est en état de mort clinique depuis plusieurs années maintenant. Tant pis, tant mieux.

Activité qui rapporte pas d’argent (voire en coûte)

Cette année il s’est passé pas mal de choses côté bénévolat / artistique également.

  • J’ai fini par mettre un terme (temporaire ?) à ma série de strips BD « Fermentations », que je dessinais sur une base hebdomadaire depuis 2014 et publiais dans le mensuel CQFD depuis 2016. J’ai encore quelques scénarii en jachère mais après 135 strips j’ai l’impression d’avoir un peu fait le tour du format et j’ai envie de passer à autre chose. J’aimerais bien clore l’aventure en en faisant un petit livre, mais cette fois je n’ai pas trop le courage de tout faire moi-même. CQFD n’avait pas les sous pour s’en occuper non plus, alors pour une fois j’ai suivi la voie royale : j’ai spammé tous les éditeurs BD de la place avec un dossier pour essayer d’en intéresser un. Après beaucoup de réponses négatives (mais à ma grande surprise souvent polies, voire intéressées-mais-désolé-que-là-c’est-pas-possible-dommage) ça a fini par mordre et je suis actuellement en pourparlers avec l’un d’entre eux. Rien n’est signé pour autant, on verra si ça se concrétise…

  • 2019 signe aussi le suicide du mensuel Psikopat, bien connu des amateurs de BD et dont le dernier numéro est toujours en kiosque à l’heure où j’écris ces lignes (dépêchez-vous !). C’est un monument qui disparaît, une revue indépendante qui a publié pendant des décennies tout ce que personne ne voulait publier, révélant beaucoup d’auteurs devenus depuis des références (et aussi nombre de tâcherons rapidement oubliés, c’est le jeu). J’en parle ici parce que cette disparition m’attriste beaucoup, et aussi parce que j’ai placé quelques dessins dedans ces derniers mois, non sans une certaine fierté. La postérité dira si je serai rangé côté références ou côté tâcherons (j’ai malheureusement déjà ma petite idée sur la question)…

  • Pour me venger j’ai pour intention de m’investir dans le mensuel « La Brique » (l’équivalent du CQFD sur Lille). Je les ai contactés mais pour l’instant j’ai piteusement tout raté, n’ayant pas réussi à dégager le moindre temps pour leur proposer des choses. Je vais essayer de m’améliorer.

  • C’est l’année des clôtures décidément, puisque mon groupe Bianca Volta est mort aussi cet été (à cause de mon déménagement principalement, et de quelques désaccords personnels comme d’habitude). J’en garde néanmoins un très bon souvenir : de tous les groupes que j’ai eus c’est celui qui avait le moins de temps disponible (la vie d’adulte + la parentalité) mais qui a paradoxalement fait le plus de choses. En quelques mois on a fait plusieurs dates et mis en boîte un maxi et un album, je n’ai jamais connu une telle productivité. J’ai tout mixé moi-même, c’est très imparfait et amateur mais l’exercice me plaît beaucoup, je vais continuer à creuser ce domaine.

  • Je n’ai pas arrêté la musique pour autant d’ailleurs puisque j’ai entamé depuis un projet de poésie musicale (appelons ça comme ça) avec un ami : ça avance bien, c’est rafraîchissant, on va essayer de sortir ça cette année.

  • Toujours côté musique j’ai très bêtement dit oui aux copains du Fondeur de Son quand ils m’ont demandé de refaire leur site. Je n’ai finalement pas une seconde à y consacrer et j’ai dû jeter l’éponge, là encore fort piteusement. Je m’étais juré de ne plus promettre de bénévolat aussi conséquent, et j’aurais dû m’y tenir (cessez de me faire boire, aussi).

  • Côté associatif professionnel, notre structure « Métiers Graphiques » végète actuellement dans une des longues phases de coma prolongé dont elle a désormais l’habitude. C’est assez nul mais j’ai arrêté de m’en inquiéter.

La suite

Vous l’aurez compris, la suite ce sera en 2020 avec le prochain billet si on me supplie assez sur Twitter pour l’écrire. Car oui, au risque de vous surprendre je suis sensible à la flatterie comme tout un chacun. À bientôt et vive les blogs !

Posté le 31 janvier 2019

Arf, le champ est vide…

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Commentaires (3)

  • Merci pour ce récap… Continue ce genre billet, j’aime beacoup. Je me retrouve pas mal dans les aspects changement de vie (probablement du au fait de la parentalité ) Bonne continuation pour 2019 !

    ps : les illus de nouvelle année sont toujours aussi cool !

    #1 par lionelB

    31 Jan. 2019 à 12h26

  • c’est cool d’avoir de tes nouvelles .. un texte qui répond de manière ciconstanciée et tout à fait rejouissante à la question que je n’ai posé ni par téléphone ni par un autre moyen de communication depuis ton départ de Paname sur seine : “comment ça va à Lille?”
    Mention particulière à ta peinture “au sommet du terrill”, et bien sur à Bianca Volta dont l’evocation fait battre mon coeur comme au souvenir d’un amour palpitant et révolu …
    D’ailleurs, Si tu avais laissé entendre que ton travail et ta famille te laissent de larges plages de temps à consacrer à la musique, je t’aurais sans doute proposé d’échanger , encore et toujours,des grilles , des enregistrements, des mixes ( ben oui, tu sais faire , hein?…), des tablatures , des idées sauvages et grandioses qui auraient pu donner l’occasions de disputes et controverses interminables … Ah… la democratie …
    Mais non. Je te laisse tranquille …BigBisou

    #2 par Pascal Cale

    31 Jan. 2019 à 13h52

  • Merci bient pour ce récap’, même si je ne suis pas dans le milieu c’est toujours intéressant de voir comment fonctionne les autres métiers/domaines, et l’évolution à travers le temps.

    #3 par cnovel

    1er Fév. 2019 à 11h59

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